Pourquoi le piratage ou plutôt la copie illégale d’œuvres artistiques existe

Est-ce parce que les utilisateurs/consommateurs sont des voyous ? Est-ce parce qu’ils sont radins et prompts à trouver n’importe quelle méthode pour ne pas payer ce qu’ils désirent ? Est-ce parce que dans l’inconscient collectif l’art est, par définition, gratuit ? Est-ce juste parce que c’est possible ?

Non.

Il y a une raison bien plus évidente : parce que c’est plus facile de pirater que d’acquérir légalement des œuvres.  Tout simplement.

Prenons un exemple car à l’évidence il convient de mettre en œuvre des mécanismes très basiques pour faire comprendre à certains professionnels des choses qu’un enfant de 5 ans peut comprendre en quelques minutes. L’exemple est donc la solution la plus efficace.Version légale : Acheter et profiter d’un film.

Je souhaite, ce soir, voir un film et désir donc acquérir le droit de le regarder (maintenant et plus tard). Je suis quelqu’un qui aime bien profiter des films. J’ai donc un équipement composé de :

  • un projecteur au dessus de mon canapé,
  • une console PS3 pour jouer et regarder des films DVD et BlueRay,
  • un PC sous GNU/Linux comme station de travail,
  • un MacBook pro comme machine mobile,
  • un smartphone Galaxy Nexus,
  • une tablette Galaxy Tab Wifi avec un player DLNA intégré,
  • un NAS capable de diffuser en DLNA.

Bien entendu, je veux mon film de suite pour ma soirée. Je vais donc aller dans le magasin de plus proche pour le trouver (genre, FNAC du coin).

Là, les ennuis commencent. Nous sommes samedi, il y a foule. Trouver le film souhaité dans ce genre d’endroit est déjà une chasse au trésor. Après 10 mn de recherche dans des DVD ou BlueRay mal classés, la solution la plus évidente semble alors de demander de l’aide. Après 10 autres minutes j’ai accès à un vendeur (ô joie) qui m’aide en… cherchant dans les rayons comme je l’ai fait plus tôt. Après 5 bonnes minutes de recherche il fini par utiliser son terminal pour m’annoncer, finalement, que le film est effectivement en magasin et qu’il est très étrange de ne point le trouver… Bien sûr, il me propose de le commander et je l’aurai la semaine prochaine… Ah oui, bin non. Moi je veux mon film maintenant.

Seule solution : essayer un autre magasin. Après une heure, la chance me fait signe et je tombe sur le film en question dans un supermarché du coin. Là, pour la suite de l’histoire, on a le choix entre DVD et BlueRay. On va être sympa, on prend l’option DVD.

Il est 17h et j’ai passé la moitié de mon après-midi à trouver un film. Mais qu’ai-je acheté ?

Un support que le peux utiliser dans ma PS3 avec mon projecteur, sur mon MacBook pour dans le train (par exemple) et…. et c’est tout.

Le DVD est protégé, je ne peux pas le lire sous GNU/Linux à moins d’utiliser un programme (une bibliothèque) permettant de casser la protection (DeCSS).  Dans le cas du BlueRay, c’est PS3 et basta.

Et mon téléphone et ma tablette alors ? Et mon serveur DLNA ? Aux oubliettes !

Si je veux pouvoir utiliser mon film pleinement je serai obliger d’utiliser un programme sur mon Mac ou sous GNU/Linux pour le convertir en DivX. Ceci bien entendu utilisera le programme de cassage de protection et prendre du temps. Je pourrai ensuite le copier sur mon NAS pour le visionner, enfin, où bon me semble via mon réseau. Et ce, sans avoir à manipuler un disque de plastique dont chaque utilisation réduit la durée de vie.

Il est 20h. J’ai passé la moitié de ma journée à mettre en œuvre des manipulations complexes me permettant de profiter d’un film que j’ai acheté légalement. Manipulations douteuses, pénibles et longues pour jouir d’un droit que j’ai légalement acquit !

Je vous laisse déduire les différentes variations utilisant un achat en VPC par exemple et les pénalités temporelles qui vont avec…

Version illégale : Acheter et profiter d’un film.
Me voici dans la peau d’un utilisateur peu scrupuleux. Je souhaite voir un film ce soir et en profiter pleinement.

Je me rend sur un site de téléchargement illégal ou un serveur de newsgroups pour lequel je paie un abonnement mensuel entre 5 et 25 dollars US.

J’utilise un site web de référencement et je télécharge mon film dans un format qui est, ô comme c’est étonnant,  compatible avec ma PS3, mon PC GNU/Linux, mon Mac, mon NAS, mon smartphone et ma tablette !

L’opération, même si je ne suis pas encore abonné au service de téléchargement me prendra au grand maximum 20 à 30 minutes. Je n’ai pas été obligé de fouiller dans des rayons bondés, de tester ma patience et celle d’un vendeur et de convertir le film. Je n’ai pas non plus, au fil du temps, un stock monstrueux de DVD qui s’entassent dans un meuble ou au grenier, et qui doit me suivre à chaque déménagement.

De plus, j’ai payé pour avoir ce film. Certes pas à l’ayant droit, mais j’ai payé.

Les gens piratent parce que c’est plus simple, plus rapide et plus efficace que l’offre légale. Pas parce que c’est gratuit !
Ceci n’est pas une histoire farfelue. Les utilisateurs de services comme giganews paient et ceux de MegaUpload en faisaient tout autant.

Que retenir de cette exemple ? Quelque chose qui est à la porté du premier markéteux venu : l’offre illégale est meilleure que l’offre légale. Toutes les lois, les  tractations, les amendes, les arrestations et les fermetures de sites n’y changeront rien.

L’offre légal n’est pas adaptée aux besoins des consommateurs. C’est une lacune comblée par les offres illégales.

L’exemple est là, sous votre nez, messieurs les majors !

Je ne parle pas de la vente de films sur iTunes ou le PSN de Sony, m’empêchant de lire mes films sur l’équipement qui me plait et qui utilise pourtant des normes et standards auxquels VOUS avez contribué !

Oui ! Je suis prêt à payer un téléchargement, un forfait, un abonnement… de 100, 200 ou même 300 euros par an pour accéder à une plateforme qui me permettra de télécharger des films dans un format aussi facilement lisible qu’un DVD.

Je suis même prêt à payer « au film », peut-être même au même prix qu’un DVD (5 à 15 euros), s’il se télécharge rapidement et qu’il m’est possible de le lire sur mon PC, mon Mac, ma PS3 et ma tablette. Sans me demander si les DRM vont me poser problème sous GNU/Linux, sans me demander si mon player est à jour pour lire un format non standard et sans que je m’inquiète de savoir ce qui arrivera si je n’ai plus de connexion internet.

Aujourd’hui l’internaute a le choix :

  • Payer sur iTunes et être coincé sur Mac.
  • Payer sur PSN et être coincé sur PS3.
  • Payer un DVD/BlueRay et faire face aux problèmes que nous venons de voir.
  • Payer un site douteux et profiter d’un film comme il le souhaite sur tous les équipement.

(Remarquez bien les « Payer » à chaque ligne)

Et vous vous demandez pourquoi certains se dirigent vers l’offre illégale ?

Un commentaire sur “Pourquoi le piratage ou plutôt la copie illégale d’œuvres artistiques existe

  1. Tout à fait d'accord avec toi. Encore une fois le problème vient de la totale incompréhension du législateur et des ayants droits sur les besoins de l'utilisateur.
    De toutes façons avec la multiplicité des plateformes actuelles il va bien falloir qu'ils réagissent intelligemment sinon d'autres en profiteront.
    D'ailleurs j’aimerai bien connaître le chiffre d'affaire de Giganews…

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